VOUS AVEZ OUBLIÉ VOS IDENTIFIANTS ?

INTRODUCTION

Fils de fqih, mon père avait emboîté le pas à son père qui était lui aussi fils de fqih et, tout comme ses ascendants, il faisait de son métier de maître d'école coranique un véritable sacerdoce. Il se plaisait à rappeler à qui voulait l'entendre cette parole du Prophète de l'Islam : « Le plus méritant d'entre vous est celui qui a appris le Coran et qui l'a ensuite enseigné aux autres.»

Assuré de s'être conformé aux prescriptions de ce hadith, mon père ne cessait d'afficher sa fierté d'avoir atteint ce but en faisant de son rejeton un fqih en herbe ! En effet, je n'avais pas tout à fait 12 ans lorsque mon maître et père s'est aperçu qu'il n'avait plus rien à m'apprendre puisque j'avais déjà appris par coeur les 60 chapitres du Coran.

Le dur apprentissage des ficelles orthographiques et philologiques se poursuivra en concomitance avec les cours dispensés par l'école publique où, prenant le train en marche en plein milieu d'année scolaire, j'ai pu obtenir une place, et ce malgré "un âge déjà avancé".

Là, la tête pleine d'un savoir dont je n'appréciais guère l'importance à l'époque, et l'esprit en friche, j'ai trouvé dans les cours dispensés par le maître d'école une passion ludique et un engouement tellement insatiable qu'après un cursus rapide et diversifié, je me suis trouvé, douze ans plus tard, lauréat de la prestigieuse Ecole d'Administration devenue depuis l'Institut Supérieur des Sciences de l'Administration.

Mon affectation au Ministère de l'Education Nationale en qualité d'Intendant universitaire m'a permis de continuer à évoluer dans un milieu tout à fait propice pour conserver les connaissances acquises, et pour en acquérir de nouvelles. C'est ainsi que mon passage durant six années en qualité de fonctionnaire et disciple à l'Université Qaraouyine de Fès m'a permis de vivre en contact permanent avec les uléma de cette autre non moins prestigieuse Institution.

Le souvenir émouvant que je garde des frères Daoudi n'a d'égal que le respect que je dois à leur mémoire. Je tiens à dédier cette oeuvre à ces grands hommes ainsi qu'à mes collaborateurs dont le dévouement me permettait de me libérer pour me consacrer à la recherche du bonheur d'apprendre.  Je ne veux pas oublier mon maître et père à qui je dois tout. Se basant sur un postulat itératif, "la h'aya fi ddîne" (pas de tabou en matière d'enseignement religieux !), mon père ne semblait éprouver aucune gêne pour me donner les explications les plus osées. Que son âme repose en paix.

Le jeudi 20 décembre 1984, ce patriarche de l'enseignement coranique nous a quittés. Sans crier gare. Terrassé par un arrêt cardiaque, il n'a pas terminé le passage coranique sur lequel il semblait s'acharner, psalmodiant avec sa voix toujours enfantine : "'Tout fervents et pleins d'humilité, ils se prosternent en larmes, front au ...''. Il est parti ainsi subitement, le gosier empli de paroles divines. C'est le lendemain que nous l'avons confié au sol, cet élément qui correspond au mot qu'il n'a pas eu le temps d'articuler lors de sa dernière psalmodie.... Cet incident m'a rappelé la recommandation que mon père m'avait à maintes fois réitérée :

«Mon enfant ! N'oublie pas le hadith du Prophète : "le plus méritant d'entre vous est celui qui a appris le Coran et qui l'a ensuite enseigné aux autres''.

Tu seras donc assidu à la lecture collective du Coran afin que tu puisses en conserver la lettre et l'esprit. Tu veilleras, surtout, à l'apprendre aux autres ! »
Je m'y étais engagé et j'ai décidé d'apprendre le Coran aux autres, c'est-à-dire aux francophones, de quelque confession qu'ils soient et où qu'ils se trouvent.

A ma manière.
L’auteur
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PREFACE

LE CORAN POUR LES FRANCOPHONES

Les traductions en langue française du Saint Coran sont aussi nombreuses que variées. Mais toutes, ou presque toutes, aboutissent à une francisation du texte arabe, ce qui a pour résultat d’en rendre évidemment la compréhension parfois difficile, voire énigmatique.

Les francophones, musulmans et non musulmans, avaient donc besoin d’une nouvelle traduction claire et qui rapporte fidèlement le sens profond et réel du texte sacré original. Pour cela, le traducteur doit avoir une connaissance approfondie du dogme musulman et du contexte historique et social de la révélation. Il doit en outre avoir une maîtrise absolue de la langue du Coran et de celle de Voltaire.

Ces qualités, nous les retrouvons respectivement dans la présente traduction et auprès de son auteur Si Ahmed DERROUS.

En effet, le texte français est d’un style fluide et le sens en est d’une clarté limpide. Dans le cas où l’interprétation est sujette à équivoque, des remarques bien à propos viennent renforcer ou atténuer l’interprétation initiale. Pour ce qui concerne l’auteur de la présente traduction, sa brillante carrière administrative et sa formation à la fois traditionnelle et moderne constituent un gage solide d’érudition et d’honnêteté intellectuelle.

Le présent travail vient assurément au bon moment. Sa constitution, sa construction, sa simplicité, sa clarté en font un ouvrage nécessaire pour le francophone musulman qui voudrait approfondir ses connaissances religieuses, et pour le francophone non musulman qui souhaiterait découvrir la sagesse d’une des principales religions révélées. C’est aussi un ouvrage essentiel qui, par ses interprétations claires, parfois audacieuses, lève les équivoques et projette un jour nouveau sur des notions jusque là enfermées dans des concepts nébuleux, ou abandonnées au bon vouloir des exégètes.

Il ne saurait y avoir de meilleure introduction à la connaissance de l’islam, de sa sagesse, de sa tolérance et de son universalité, à une époque où ces dernières valeurs sont injustement remises en question par des détracteurs malhonnêtes ou par des individus entraînés inconsciemment dans une dérive infernale.

La traduction de Si Ahmed DERROUS deviendra, j’en suis sûr, indispensable et inspirera le lecteur francophone, enrichira encore plus l’érudit, comme elle sera un instrument d’une grande utilité pour le chercheur et, pourquoi pas, pour de futurs traducteurs du Saint Coran.

Rabat, le

Signé : L’auteur de cette préface a requis l’anonymat. Dont acte.

AVERTISSEMENT

Le modeste travail que nous comptons mettre entre les mains du lecteur francophone est le fruit d'un effort soutenu pendant près de sept années entières pour la première édition. Celle-ci nous aura finalement servi de test et l'épuisement rapide des deux mille exemplaires écrits en français seulement a stimulé en nous le désir de faire mieux; ce ''mieux'' nous a valu un effort supplémentaire de quatre années consacrées à la recherche de la perfection laquelle demeure, on le sait bien, un apanage exclusif de Dieu le Créateur.

Cet engouement, rappelons-le, s'inspire d'un engagement moral pris envers celui qui nous avait initié à l'apprentissage du texte coranique et découle de la mise à profit de la méthodologie didactique acquise au cours des années passées dans l'enseignement.

Cet effort supplémentaire a consisté pour nous à :
- prêter une oreille attentive à toutes les remarques, orales ou écrites, et faire preuve d'une profonde humilité et accepter les propositions de modification; - recueillir les avis de certains érudits en institutions musulmanes et mettre à profit leurs avis quant à l'interprétation de certaines formulations; - relire le texte originel dans sa globalité et rechercher le sens le plus adéquat parmi les commentaires des divers exégètes, lesquels ne sont pas toujours enclins à voir du même œil les mêmes formulations; - procéder à une deuxième lecture de la traduction et à nous arrêter sur certaines formulations que nous considérons comme peu intelligibles pour le commun des lecteurs francophones.

Dans le même registre, et pour éviter au lecteur toute confusion entre les intervenants dans les dialogues, nous avons remplacé les redondances du genre "il dit", "il répond" par un simple tiret et l'insertion entre guillemets de l'intervention.

Notre souci constant d'éviter autant que faire se peut les contresens, les tournures amphibologiques, les arabismes, les anacoluthes et autres pléonasmes nous a contraint à avoir recours à des rajouts et des redites, et souvent à l'utilisation de lourdes périphrases. Nous avons cependant pris la précaution de mettre en italique tous les éléments qui ne figurent pas dans le texte originel mais dont l'insertion a été rendue nécessaire par le souci d'assurer, soit la transition d'une idée à une autre, soit la clarification expresse d'un sous-entendu insaisissable pour celui qui n'est pas habitué aux subtilités de la langue arabe.

Pour épargner au lecteur l'interruption du fil de la lecture, nous avons pensé utile d'insérer, immédiatement en bas de page, les notes et renvois destinés, soit à expliquer le sens de la formulation, soit à indiquer l'origine de la citation coranique. Nous avons également préféré, à la prolixité de l'introduction, éditer en appendice, un glossaire grâce auquel le lecteur pourra appréhender le sens de certains vocables d'usage peu courant ou auxquels le contexte a donné une signification spécifique.

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